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Soldes!
Le groupe s'est séparé, convoyeurs et autostoppeurs d'un côté, Amar et Babar de l'autre. Comme prévu. Nous quelquepart au milieu.
C'est le terminus attendu par beaucoup, sureprenant pour au moins un autre, qui n'ira finalement pas en Guinée : Babar restera seul dans quelques jours, Amar ayant décidé de tout liquider, veaux, vaches, cochons et bagnoles, gazinière, vêtements, bidons, poule, pneus, glacières, matelas, vélos... liste non exhaustive.
On suit donc notre lascar attentivement, ça sent la fin, et c'est pas le plus simple: ça cogite dur dans nos caboches, s'agit de pas terminer le film comme a fini Victor.
Et stress qui plus est : On est presque au bout, on a le sentiment d'avoir pas mal de belles choses dans la boite, on sait qu'on aura que quelques occasions, demain, et peut-être encore un jour après, pour filmer Amar en Afrique, et qu'il ne faut pas se planter.
Tout le monde descend!
Une semaine sans l'Occident. La traversée de la Mauritanie, vers le sud-est (regardez Néma sur une carte), puis passage de frontière interminable, puis quelques centaines de kilomètres à 15 à l'heure, entre les ornières, le sable, la poussière, les cailloux et dans les bosses (ça s'appelle une piste), l'eau rationnée et l'essence mesurée, voilà ce qu'il faut endurer pour rejoindre Bamako.
Heureusement, quelques pauses joyeuses dans des villages africains typiques, comme dans Tintin, avec les cases et tous les gamins qui nous courent après, on boit du lait au cul de la vache, on mange du mil avec des haricots (ça s'appelle du couscous ici), et le joueur de tam tam nous fait son show, ça fait toujours un peu bizarre de vivre une carte postale.
Le groupe a bien changé : d'abord c'est Victor le coq, qui n'a pas supporté tant de sable et de chaleur, à moins qu'il n'ait récupéré la tourista de Cédric... Il nous a quitté sans un râle, mais pas très fier pour une fois. Certains l'ont pleuré, le berbère en tête, d'autres ont voulu l'enterrer. Plus direct, Babar lui a offert un vol-plané depuis la fenêtre de sa 505.
Surtout, l'ambiance n'y est plus, tension de l'arrivée ? Ou accumulation des frustrations ?
Un lit, une bière et une douche !
Ici Nouakchott, capitale de la République Islamique de Mauritanie. Une ville dans le sable, par 35 degrés, une auberge, dite des Nomades, une piaule avec des lits et tout le tuttim, un vrai luxe pour nous, ça permet de recharger les accus, ceux de la caméra aussi.
Pas d'autorisation de tournage délivrée ici, allez comprendre, en tout cas voila qui nous offre nos premiers jours de repos, après-midi à la plage, et sieste.
Bientôt (demain ?) le départ pour le Mali, 1000 kms jusqu'à la frontière, et le début véritable d'un nouveau film (?) en Afrique Noire. Il semble se dessiner une fin à 2 "Babar et Amar font les cons en Guinée".
Au fait, Amar, dans la cour de l'auberge, vient de vendre deux des voitures... en dollars...
L'autoroute
Déception.
Ce sont des maures, bien sûr, mais surtout des égyptiens, des chinois et quelques français qui ont construit la route qui nous prive de rouler dans le sable.
Un temps, on espère pouvoir en avoir pour nos mirettes, en demandant délicatement au big boss de pouvoir rouler sur la plage, les yeux dans l'eau, le rêve était trop beau:
ensablage des deux premiers, et panne sérieuse du troisième, halte mécanique après 6000 bornes hésitantes : c'est la première panne.
La 505 de Catherine a le pont cassé : elle finira tractée par une autre 505, de nuit, jusqu'à Nouakchott... en marche arrière !
On en a encore mal au ventre d'avoir tant ri! Parce que 60 kilomètres plus loin, on se rend compte que l'un des convoyeurs est resté là-bas, endormi dans sa voiture !
Contre la montre
Le camping de Dakhla, point de rencontre obligé de tous les voyageurs. 1500 km de route dans le Sahara depuis Agadir. Rempli de Hollandais, c'est le rallye Amsterdam-Dakar, ça cause fort, ça vide les canettes, et à 7h du mat' ça fait ronfler les moteurs. Que du bonheur.
Encore une étape de 350 km jusqu'à la frontière, et ce sera le vrai, la piste de sable, les dunes à traverser, un épisode qu'Amar craint par dessus tout : surtout ne pas casser...
Certains veulent prendre leur temps, aller à la pêche, faire des emplettes, d'autres convoyeurs sont pressés d'arriver à Bamako, Rendez-Vous français obligé, début décembre.
Amar joue la montre, pour ménager les uns et les autres... Ah ! Nous avons 3 nouveaux touristes avec nous, 2 auto-stoppeurs français, hop ! Billet d'avion pour Marrakech à 50 euros sur internet, descente au Mali par la route, attrappés à une station service... Petits veinards...
Jimmy cricket
En route pour Dakhla, et la frontière mauritanienne.
Les kilomètres d'une route sans relief s'étirent à travers le Sahara marocain, que certains appellent occidental. L'appartenance de cette région désertique n'est pas définitive, et est toujours soumise à contentieux, en témoignent les 4x4 onusiens et les innombrables barrages de la gendarmerie royale marocaine, où il faut sans cesse décliner les identités et autres renseignements.
Heureusement, Amar cherche et trouve le berbère qui sommeille à chaque poste, ce qui n'est pas forcément synonyme de gain de temps : parfois il est obligé de suivre le chef dans la cahute... pour y boire le thé et échanger quelques mots en tamazir, leur langue commune.
Entre chaque halte, des kilomètres, et un jeu : une sorte de flipper géant, à travers les nuages de criquets, qui reviennent vers le Maroc après en etre partis il y a 6 mois. La route en est rouge, les pare-brise maculés, et l'effet impressionnant.

Babar à la pêche
Départ de Imine Tanoute, traversée des montagnes de L'anti-Atlas . Ca sent le chaud - Le sable flotte. C'est Agadir. Babar s'entraine au lancer avec sa canne à pêche en plein cagnard...et ça devient surréaliste...
La Vente
La vente, enfin ! Amar a besoin de "Rhalis". Il s'installe à la station service de Imin Tanout où nous passons l'après midi avec lui assis sur une chaise, au soleil. Les ombres s'allongent...Walou. Rien. Aujourd'hui le Marocain ripaille en famille pour la fin du Ramadan. Un frigo, un démarreur partent bien en fin d'après midi...ca ira mieux demain.
Nous sommes acceuillis en soirée dans la maison d'un très bon client de Amar, un mécano censé tout lui acheter. Scène épique, evidement racontée dans "Sai-Sai" long métrage à venir courant 2005 ...
Victor et Cary Grant
L'avantage de ces arrêts nocturnes hazardeux, c'est qu'ils offrent des réveils étonnants. Le suivant l'est. Grandiose. Et pittoresque puisque le petit déjeuner - asperges sauvages, oeufs et pain frais est acheté à de jeunes paysans juchés sur leur ane. Amar investit même dans un coq troqué contre une paire de chaussures et quelques dirhams. Nous l'appellons Victor. Sa compagne, baptisée Moldave et achetée au Souk en même temps qu'un stock de durites, est radieuse.
C'est comme d'hab en soirée, vers 16 h - le soleil se couche à 17h30 - que nous reprenons la route direction Imin Tanoute via Marrakech (dont évidemment nous ne verrons rien!).
Une nuit de pause dans un paysage lunaire comme seul Amar sait en dégoter : de grands champs plats remplis de caillasse entourés de baraques en construction, une station service au loin. Une fois encore on se dit que Hitchcock aurait pu y faire raser un coucou menacant sur le paletot de l'infortuné Cary Grant.
Casablanca
On quitte Casablanca au plus vite après une pause au supermarché - chiens d'occidentaux ! Et tout y est deux fois plus cher qu'au souk. Puis la route de nouveau. Première pause un peu sérieuse qui nous scotche via une station service, dans un grand espace mysterieux, puisqu'il y fait nuit.
Visa pour Nouakchott
11h33
Larges avenues inondées par l'orage de la nuit, conduire le plus mal possible y est une règle, voire un sport obligé, c'est Casablanca sous la flotte.
Les visas pour la Mauritanie ont été déposés ce matin, on repasse les prendre cet après-midi puis direction Marrakech pour y passer la soirée.
hammam et ramadan, comme si on y était
15h00
Sortie de hammam à ksar el kebir, nord du Maroc
Nous profitons d'une étape chez Said - dépanneur garagiste de son état et collègue de bière de notre berbère Amar - pour nous retaper une santé.
Sur la télé familliale on a pu visionner nos premières bandes tout en faisant les copies - plus de 8 heures déjà.
On ne vous en dira pas plus pour l'instant : Said, notre guide dans la ville pour trouver un Internet en plein ramadan, est pressé.
C'est bientôt l'heure de la soupe ; et quand on a rien avalé de la journée, on est forcémemnt speed.
Pour nous c'est un peu pareil... pour fumer, boire et manger il faut se cacher...
Le petit gros et le capricide
Forcément, le passage de douane s'est mal passé.
Tous les véhicules étaient passés, mais Amar n'avait pas graissé la bonne patte, celle du petit gros, une espèce dont Amar se méfie toujours (signe extérieur qu'il ne lâchera rien, il a plus faim que les autres).
Alors c'est parti pour 24 heures d'attente, pour la séquence qui restera homérique sous le titre "la tripaille de bique"!
Babar : "putain walou ta ganache ! Tu veux tout t'auras rien!" (aux mômes qui lui courent après)
Changement de moyen de transport, le bateau nous débarquera bientôt au Maroc.
Amar se prépare à passer la douane, et même si tous les papiers sont en règle, il sait qu'il perdra quelques dirhams en bakshich.
On en profite pour filmer sur le pont supérieur les ultimes consignes pour ses convoyeurs, et spécialement Catherine, qui a la redoutable tâche d'user de son charme pour franchir la frontière au volant du vieux fourgon d'Amar, rempli de pièces et de moteurs cachés : "les filles ça passe toujours ! Il faut parler de tout pour que les douaniers oublient leur travail!"
Détour moldave
Courte nuit de sommeil, donc longue nuit de bistrot, pas assez au goût d'Amar, qui tient à passer la nuit au Club National IV.
Pendant un moment, certains convoyeurs ont pensé aller danser le flamenco à l'intérieur, les autres, plus fins connaisseurs du côté obscur de l'existence, se tataient quant à savoir s'ils iraient danser la gigue moldave.
Au réveil, 59874 Tonnes (à diviser par 38) étaient passées à moins de dix mètres de nos hôtels roulants.
Un soupçon : Amar ne supporterait-il pas l'éloignement du ronflement des moteurs ?
Domingo andaluz
Terrasses bondées, grand soleil, on est en avance pour le lendemain, alors grosse bouffe et soirée sévillane
Ca sent les vacances...
700 bornes, de la frontière à l'Extremadure
3 comptoirs, des champs à perte de vue, le menu du routier à l'arrivée.
On pense sérieusement à changer de métier, on est prêt pour vivre dans un 38 tonnes.
vino tinto por favor
4 heures de route, Amar s'arrête devant un bar-hôtel-restaurant de banlieue espagnole:
"Je n'ai rien mangé, mmmh les belles tapas....
Una cerveza por favor!"
Finalement, les voitures s'élancent (ou sont poussées) vers 23h.
C'EST PARTI !
Parking à Saintes, 1er dodo dans le coffre, pour se faire virer à l'aube, mmmh, "la bohème...!"
Le départ est "prévu" à midi, mais à l'arrivée sur le lieu de rendez-vous, on se rend très vite compte qu'il reste à Amar et à ses "Aldos" pas mal de choses à faire.
A commencer par installer les plaques d'immatriculation,
mais il faut aussi recharger des moteurs, frigos, et autres amas de ferrailles difficilement identifiables.
A côté de la place qui ressemble maintenant à une mini-casse, passe le camion des poubelles. Une belle occasion pour sortir caméra et micros.
21h30
Evidemment, rencard pour le départ au troquet, une assemblée choisie de proches, railleurs comme depuis quelques temps, mais cette fois c'est bon, on part...
Puis, coup de fil encore : "Euh... finalement on part demain !"
Bon, on ne dormira pas à Niort, mais dans nos lits, il faudra refaire les adieux demain... puis ...
Promis : un jour, on part, inch' Amar!
Ce soir à 18h30, au milieu de la sieste, Fred, Aldo pour la route, homme a tout faire, déboule en hurlant : "t'es pas prêt : on part cette nuit !"
Ca faisait tellement longtemps qu'on attendait ça qu'on était évidemment pas prêt...
rencard en campagne, peut être que cette nuit on sera à Niort
Saï-Saï film énervé, des séquences qui démarrent comme une vilaine chanson punk, et qui s'arrêtent coupées nettes à la hâche.
Saï-Saï film poétique, je me pose, je chouf ce qu'il se passe, même s'il ne se passe rien.
Saï-Saï tract libertaire, une sieste une bouffe une nuit de n'importe quoi, et ça repart... Demain, bientôt!

mercredi
27 oct
Les producteurs sont inquiets ...
Pour la douzième fois, l'équipe est partie suivre Amar sur l'un de ses chantiers.
Le Mali est toujours à 6000 km, mais c'est promis nous disent Amar et Cédric : le départ est proche !
Achat de 505 break au téléphone, évidemment au comptoir de la taverne La Perle.
Babar à la manoeuvre, Amar conseillé commercial et logistique, "pas plus de 1000 euros, tu veux me ruiner!". Finalement, personne n'achète la Peugeot,
"marron la caisse, ça va pas!"
Dans un sous-sol en ville, démarrage à l 'aise d'une 505 break, dont le moteur traînait encore sous une bâche il n'y a pas une semaine. "Je bois une bière pour fêter la 505" dit Amar. Dehors les oiseaux d'été partent au chaud. Sans nous, pour l'instant.

Le convoi ne s'est pas encore élancé sur les routes ...
C'est prévu jeudi, personne n'y croit, Amar se fait désirer et continue de bricoler ses épaves.
Et quand la famille demande "c'est quand?"
Nous répondons à la Amar :
"Demain, bientôt!"
Au fond du jardin chez David, l'un des engins les plus improbables. Journée ensoleillée, nous rôdons autour du trou béhant qui devra un jour inch Amar, loger un moteur. Aidé de Fred, son nouvel homme de main évidemment baptisé Aldo, il en teste plusieurs types, ceux qui n'y trouveront pas leur place attendront dans le coffre d'être vendus au Maroc.
Amar bouine autour de la carcasse, semble se poser dix mille problèmes et en résoud deux, au mieux. Ce n'est pas grave. Le linge sèche, nous regardons tranquillement la scène en fumant des clopes. On est d'accord pour dire que regarder les gens travailler, ça a quelque chose de fascinant.

